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samedi 30 novembre 2013

Dallas Buyers Club et moi (première partie)

Je suis allé voir Dallas Buyers Club, le dernier film de Jean-Marc Vallé (C.R.A.Z.Y., Café de Flore) mettant en vedette un Matthew McConaughey méconnaissable et sublime. J’ai été frappé par les nombreux parallèles que j’ai pu établir entre la vie de Ron Woodroof qui est dépeinte dans le film et la mienne. Woodroof était atteint du VIH/SIDA et il a combattu la maladie avec acharnement afin de ralentir la mort ou prolonger sa vie, selon le point de vue que vous préférez adopter. Pour ma part, je ne combats rien; j’ai été frappé et tel un délit de fuite ne laissant pour témoins que deux corps aux chairs nécrosées, deux reins aux fonctions anéanties, la maladie est passée et j’en subis aujourd’hui les conséquences. Je n’ai rien d’un cowboy texan macho et homophobe pourtant, l’expérience de vie imposée par la maladie me rapproche de ce Woodroof de manière improbable. 

Première partie: La Haine.


Je savais bien que quelque chose clochait avec moi et j’aurais sans doute misé sur une mononucléose ou une dépression ou quelque chose dans le genre et après avoir passé quelque tests au CLSC, j’allais enfin connaître le verdict. J’entrais dans la clinique où s’entassait une foule grippée, aux symptômes tout aussi inconfortables que bénins. Je les regardais morver et tousser en chœur, retenant mon souffle pour éviter d’inhaler un virus contagieux. J’imaginais déjà le docteur regarder mes résultats et me dire que rien ne semblait anormal, que j’avais simplement besoin de sommeil. On appela enfin mon nom ou enfin, quelque chose qui ressemblait à mon nom.

Je m’assis en face d’un petit asiatique grisonnant, au visage tapissé de rides et au regard endormis par une routine médicale composée de gorges irritées et d’oreilles bouchées et attendis qu’il mette enfin un terme à ce suspense inutile. Je voyais mal ce qu’il pouvait trouver à me dire mis à part les quelques conseils d’usage: bien manger, faire du sport, arrêter de fumer, dormir, surtout dormir. Il parcourut du regard les colonnes de chiffres qui interprétaient mathématiquement les divers composants de mon sang, soulignant à l’occasion de son doigt quelques données qui lui semblaient particulièrement intéressantes. Il analysa en silence, sans même émettre un soupir ou un quelconque signe que j’aurais pu capter, son visage marqué au fer d’un point d'interrogation, sinon inexpressif. Il restait dans sa bulle et je pouvais sentir le doute s’installer en moi tel un parasite s’enroulant autour de mon estomac et le serrant de plus en plus fort. Soudainement, c’était moi qui affichais l'expression la plus inquiétante. Il baragouina finalement quelques mots, brisant l’inconfort avant qu’il ne meuble complètement la pièce. Son français aussi médiocre que ses qualités de communicateur me permit tout de même de comprendre qu’une donnée indiquait un problème au niveau des reins. Il me présenta certaines données dépassant outrageusement les limites retrouvées dans le sang d’un humain normalement constitué et se tourna vers sa bibliothèque afin de consulter un ouvrage médical. Je sentais son inquiétude grandissante, bien qu’il sembla dépourvu de mots pour l’exprimer, et cela, de manière proportionnelle à l’impatience qui m’habitait dorénavant. J'observais le petit médecin, le nez penché au-dessus de son livre, et restai silencieux face à ce spectacle, secouant lentement la tête d’incrédulité, me questionnant sérieusement quant aux compétences de cet être qui m'apparaissait déjà dépassé par la situation. Bouillant intérieurement devant autant de maladresse communicationnelle, je sentis la haine m’envahir; une haine aussi forte qu’un tsunami, aussi brûlante qu’une coulée de lave, immergeant chacun de mes organes d’un poison sulfureux, embrasant mon cœur qui accéléra immédiatement, enflammant mon visage qui relâchât quelque goûtes de sueurs, tentant ainsi en vain de contrecarrer le flot émotionnel. Je ne savais toujours pas ce qui n’allait pas avec moi, mais le messager apportait une nouvelle suffisamment mauvaise pour vouloir lui en faire payer le prix. 

Je sentais le médecin agité de l’intérieur et pourtant, il semblait calme, compétent même. Il m’adressa finalement la parole et débuta un discours absolument confus, m’urgeant de consulter un néphrologue, répétant que mes tests n’étaient “pas bons” et que mes reins avaient un problème. Je me demandais s’il pouvait trouver une formule encore plus affolante ou si la qualité de son français n’aggravait pas simplement des propos qui originalement devaient être des recommandations. Je tenta en vain de lui extirper quelque conseils sur la démarche à suivre, mais il se contenta de répéter les mêmes mots, tout en me dirigeant vers la sortie, me pressant de prendre rendez-vous avec un spécialiste. 

Je suis sorti de la clinique, la rage au ventre, les larmes aux yeux, sacrant et méprisant sans personne pour m'entendre. Je détestais ce petit homme pour m’avoir annoncé que mes organes vitaux souffrait. Je pestais contre lui de ne pas avoir su me rassurer, ni même m'informer et de m’avoir abandonné sur le trottoir après avoir sublimé le scénario du lendemain heureux que je m'étais préalablement créé. Tout ça ne pouvait être vrai; j’étais trop jeune et trop en santé pour qu’une pareille chose m’arrive. Il devait se tromper. C’est ça! Il a dû se tromper ce sale petit incompétent! Les reins: ce sont les vieux qui ont des problèmes de reins, pas moi. Idiot.

En 1985 lorsque Ron Woodroof apprend qu’il est atteint du VIH, dans son esprit seuls les homosexuels pouvaient contracter la maladie. Que cela arrive à un hétérosexuel, un homme, un vrai, un mâle viril comme lui, ne faisait que trahir une erreur médicale. Qu’un médecin ose même présumer qu’il aurait peut-être eu des relations sexuelles avec un autre homme était la preuve même de son incompétence. Le réflexe de haine en est un de protection; on se protège comme on peut d’une attaque aussi grave à notre intégrité et je te comprends d’en vouloir à celui qui t'a livré le message. Je n’en ai jamais voulu contre la vie, ou enfin j’ai peut-être maudit le ciel quelques instants avant de me trouver une cible plus concrète. Tout comme toi Ron, j’ai immédiatement remis en question les capacités du médecin. J’ai même demandé un deuxième avis, mais il a fallu se rendre tous les deux à l’évidence: on ne pouvait plus continuer comme avant. Quelque chose était maintenant brisé en nous pour toujours.

mercredi 19 décembre 2012

Dans la peau du blessé/malade.

Janine Shepherd était une skieuse olympique australienne. Un beau jour un grave accident lui est arrivé, détruisant du même coups ses espoirs de médaille. Elle nous raconte dans cette conférence TED son processus de rémission. Je trouve que cela est aussi vrai pour la maladie. Autant son accident laisse des séquelles à vie, autant une maladie grave est un combat à vie. 


samedi 23 juillet 2011

Comme un coup de massue

Cette semaine, je m'étais promis d'entreprendre la recherche d'emplois. En réalité, je me sentais vraiment d'aplomb et reprendre le travail, faire les démarches déplaisantes afin d'en trouver, semblais finalement, non plus réaliste, mais comme la chose à faire. Je n'ai généralement aucune motivation pour ce genre de tâches, alors ce sentiment était drôlement bienvenue.

Mercredi passé, j'ai reçu de mon médecin les résultats de tests d'analyse d'échantillons fournis la semaine précédente. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Les analyses sanguines ont démontré que mon taux de créatinine avait grandement augmenté se trouvant maintenant au dessus des 1700 (la normale étant plus ou moins 90). Mon taux d'urée avait aussi augmenté, tout comme mon niveau de phosphore. Ces chiffres seuls ne veulent pas dire grand-chose, mais en réalité la situation est fort simple : ma fonction rénale s'éteint de manière de plus en plus définitive.

J'avais encore ce qu'on appelle une fonction rénale résiduelle qui me permettait de me débarrasser par les urines, de quantités convenables de toxines. Maintenant, je vais aux toilettes aussi souvent que passe l'autobus 29 Rachel dans mon quartier : on a droit à un vœu lorsqu'on la croise. Cela veut donc dire que ces toxines, qui ne sont plus éliminées par l'urines doivent sortirent par un autre moyen, ce qui est le rôle de la dialyse. En ce moment, avec les taux de toxines qui augmentent drastiquement, on comprend que la dialyse ne compense plus suffisamment et qu'il faut absolument ajuster ce traitement. Heureusement, il me reste un peu de marge de manœuvre, mais tout indique que mon péritoine (la membrane qui est censée permettre aux toxines de traverser vers le liquide de dialyse) ne répond pas comme on l'aurait espéré. Bref, tout ça peut paraître un peu compliqué, ce qu'il faut toutefois retenir c'est que mes traitements n'offrent pas les résultats espérés et qu'il se pourrait que j'ai à changer de méthode. Changer de méthode veut dire l'hémodialyse. Je sais que des centaines de personnes se servent de ce traitement sans problèmes, mais moi je n’en veux pas. J'en ai peur, comme d'une araignée au plafond : c'est irrationnel, mais puissant. M'imaginer me rentrer des aiguilles dans le bras pour filtrer mon sang me le glace.

Cette nouvelle est tombée comme un coup de massue au moment où je reprenais confiance, au moment où j’acceptai ma situation comme étant mon quotidien. On dit que la maladie est un combat et j'ai parfois envie de jeter la serviette. Pourtant, ce combat on ne peut l'abandonner : on n'échappe pas à l'arène du Colisée et de ses fauves affamés. Cette mauvaise nouvelle est un coup de plus à encaisser et je tente de garder mon sang-froid et garder mes esprits clairs. Sur le moment, la panique s'est emparée de moi, la tristesse aussi. Pourquoi? Pas de réponses. Je me suis dit: « Ça y est, je vais en Thaïlande me chercher un rein sur le marché noir ». Puis là, je suis allé faire l'épicerie en pensant à tout ce que j'allais cuisiner. Ça m'a calmé. Je vais maintenant tout faire pour ne pas passer à l'hémodialyse, quitte à faire des traitements pendant le jour. J'en suis là. Je ne crois pas aux miracles, mais je crois à la transplantation qui me donnera un répit de quelques années... Pourvue qu'elle arrive à temps.

lundi 18 juillet 2011

Avenir trouble (suite et fin)

La mort, la séparation et la maladie partagent un sentiment commun. Le vide de la mort, la disparition de l’amour et l’isolement de l’altérité creusent un abîme incompréhensible, mais palpable. Avant d’être malade et subir des traitements, mon esprit vagabondait dans toute sorte de projets d’avenir tout en étant quotidiennement dorloté par le berceau de la routine. Puis un jour, un diagnostic tombe et perturbe ce doux mouvement aussi incessant que la marée. Une faille se dérobe sous mes pieds et la chute m’entraîna dans un endroit sombre et déprimant. Immanquablement, le changement provoqua une levée des boucliers et pendant des semaines, voir des mois et encore parfois à l’occasion, mon esprit s’imagine un univers parallèle où ma santé serait intouchée. « Qu’aurait été ma vie si… » Cette question m’apparait fréquemment. Pire encore, il m’arrive de visualiser ma vie antérieure, de réaménager le passé, tentant désespérément d’influencer le présent afin qu’il ait un sens. « Si seulement je n’avais pas consommé telle truc, si j’avais fait plus attention à ça » et ainsi de suite, sans arrêt. Mes souvenirs deviennent alors comme un jeu de dominos : si j’étais comme cela, c’est parce que je souffrais de ceci et que si je ne n’avais pas eu ceci, j’aurais été cela, jusqu'à refaire complètement mon historique. Ce sont ces réflexions futiles qui me hantent lorsqu’une relation aboutit, lorsqu’une complicité est sublimée, réduite à néant par la perte sous toutes ces formes.

Cette réflexion m’entraîne dans un monde qui n’existe nulle part d’autre que dans ma tête et m’éloigne de tout; de moi, des autres, du champ de bataille et du combat. Tôt ou tard, il faut accepter la transformation, cette absence, ces nouvelles règles. Ne jamais oublier qu’une bifurcation n’est pas un pas en arrière.

J’entends souvent parler de ces gens qui, frappés par la maladie, obtiennent l’illumination presque divine et changent radicalement leurs habitudes et profitent de chaque moment de la vie, remerciant à chaque instant le ciel d’être encore vivant. Je ne suis pas de ceux-là. Je ne me suis pas soudainement découvert de passion, je ne suis pas plus reconnaissant envers la vie et je ne voue aucun culte aux astres et à l’univers. J’ai toujours été un peu pessimiste, voire réaliste…

Néanmoins, je ne suis pas indifférent non plus, loin de là. Le changement qui survient, qui pour certains est aussi formidable qu’un soleil devenant supernova, est pour moi un long processus et le signe d’une profonde métamorphose. La maladie n’est pas qu’un drame ou un obstacle à surmonter, c’est aussi le temps de profiter d’une contrainte opportuniste, l’occasion cauchemardesque de s’arrêter, de réfléchir, de faire un grand ménage introspectif et de remettre en question ses priorités et ses valeurs. C’est ainsi, que depuis quelques mois je classe, je réaménage et déplace dans mon esprit les mémoires et leurs significations des 30 dernières années. Le changement qui en découle est pour la plupart du temps subtil, mais fondamental : c’est mon rapport à l’univers, à ma place dans ce monde, mon rôle dans la société sous toutes ces facettes qui reçoivent de nouvelles informations, s’adaptent et se transforment. Mon regard et mon écoute se tournent vers moi-même et je me tends la main. Je me scrute et m’interroge afin de me définir et choisir les bons mots pour le faire. Je prends un réel plaisir à trouver la bonne définition, celle qui serait la plus juste.

Depuis la maladie, cette remise en question m’aura perturbée et blessée. Puis, petit à petit, elle m’aura permis de revoir les fondations de mon être et de redéfinir ma quête existentielle. Présentement, je continue d’approfondir ce remaniement qui doit se présenter dans toutes les sphères de mon quotidien, car maintenant je l’exige. Je ne pense pas que l’on puisse rendre le sens de la vie limpide. Néanmoins, il est possible d’éclairer l’obscurité et de s’avancer sans se perdre.

C’est ainsi, je l’espère, que je trouverais ma voie, car mon avenir n’aura d’importance que s’il contribue à approfondir cette immense réflexion.

dimanche 5 juin 2011

Le vieux grincheux

Quand la maladie frappe et qu’on ne s’y attend pas, qu’elle nous surprend et que soudainement la familiarité du quotidien devient un étranger que l’on doit apprivoiser de nouveau, elle apporte aussi son lot de changements fondamentaux. Tout d’un coup, le prisme de la réalité pivote et l’angle de vue que l’on chérissait depuis si longtemps devient immédiatement obsolète, réfléchissant la lumière autrement, donnant une nouvelle couleur aux choses. Cette modification de perception peut parfois devenir carrément envahissante et malgré moi je deviens intolérant en toute conscience.

Je dois surveiller tout ce que je mange, m’assurer que je ne déroge pas du régime strict qui m’a été imposé. Tous ces efforts entrepris pour garder l'équilibre de ma santé accentuent la précarité de mon état et ainsi la violence avec laquelle un léger excès agit sur mon corps. Légèrement trop de sel par-ci et c’est immédiatement des pieds remplis d’eau qui gonflent; du fromage dissimulé dans un plat et c’est mon taux de phosphore qui augmente, mettant en danger l’intégrité de mes vaisseaux sanguins; une surdose de potassium et c’est l’arrêt cardiaque. Le danger me guette à chaque fois que je quitte la maison pour manger à l’extérieur: chez des amis qui y mettent trop de beurre, au resto qui sale outrageusement pour relever les saveurs; chaque repas est un piège. Je deviens fou. Cela s’accentue lorsque je regarde les autres manger et boire. Je panique et je deviens intolérant, au point de vouloir frapper.

Je détourne maintenant le regard quand je croise un fumeur; étant déjà mort dans mon esprit, il n’existe simplement pas. Je fracasserais la mâchoire des buveurs d’alcool qui arrosent un peu trop leurs soirées. J’arracherais les tripes de ceux qui se nourrissent de mcmarde et autres sous produits alimentaires. Du regard, je foudroie les salières et pulvérise les sauces et bouillons salés. J’arracherais la tête de ceux qui se commandent du resto bien gratiné tous les jours. Je ferais brûler tous les dépanneurs de l’île, laissant derrière moi que les cendres de mon mépris.

Le seul problème, si léger soit-il, c’est que moi aussi j’ai été de ce côté de la barrière et que tous mes amis y sont... Tous ceux que j’aime et que je respecte, qui m’aident à traverser cette étape comme les autres, je les envies je les haïs et j’aimerais tant qu’ils paient pour leur excès, comme s’il y avait une justice dans la maladie, comme si elle servait à donner une leçon aux goinfres de ce monde. Mais il n’y a pas de justice dans la maladie: elle arrive et elle repart laissant derrière elle le chaos et le désordre par sa façon aléatoire de choisir ses victimes et de semer la peur, d’en récolter la haine et d’offrir la mort.

Je dis souvent à la blague que je suis devenu un vieux grincheux. Le problème, c’est que malgré l’amour que j’ai pour les gens qui m'entourent, mes amis, c’est un peu vrai; je suis devenu un vieux grincheux... malgré moi.

vendredi 10 septembre 2010

Sur la glace...

J'ai laissé un message à mon médecin hier afin d'avoir des nouvelles concernant la biopsie que je n'ai toujours pas eue et que je devais avoir au mois d'août. La secrétaire m'a rappelé pour me dire qu'ils avaient oublié... Quoi ?! Oublié ?! C'est quoi ça ?? Tout ce qu'ils voulaient c'était un échantillon de ma pisse nucléaire et maintenant qu'ils l'ont eu, on passe à un autre appel ? Je dois être le seul patient de 65 ans et moins dans leur foutue liste (en tout cas, chaque fois que je vais à mes rendez-vous, c'est une gagne de ptits vieux qui attendent) et je pensais vraiment que ça me plaçait dans la case "cas intéressant à suivre avec attention particulière"... Peut-être pas finalement. Faut dire qu'à l'hôpital, ils utilisent le même système informatique qu'à mon travail : feuilles mobiles 2.0...

dimanche 1 août 2010

Résumé de ma saga médicale : 24 mai au 1er août

Alors, voilà. Mon histoire débute un lundi 24 mai à l'urgence du Montreal General Hospital, MGH pour les intimes et autres professionnels de la répartition rive-sudéens (dans les faits cela débute environ 2 mois plus tôt, mais comme c'est juste vraiment plate à raconter je m'abstiens). Je me pointe donc à l'urgence du MGH le 24 mai dernier. Pour ceux qui ne se souviennent pas, le 24 mai c'est férié, car c'est la fête des Patriotes. Job de marde oblige*, je travaille cette journée-là et je décide d'aller visiter les anglais, en soirée, afin de faire la paix... en fait, j'me trouvais juste bin drôle... en fait, c'est le beau-frère d'un ami qui m'a dit que les traumas de la STM étaient envoyés là et que le service était excellent. Je sais bien qu'il y a une sacré marge entre souffrir d'hypertension et manger un métro sur la gueule, mais je trouvais que ça faisait bin du sens de se pointer là.

*J'aime quand même ma job!

À mon arrivé au triage, c'était encore 1 à 1 en première période, 5e match Canadiens faisant face à l'élimination en finale de l'est contre (les tabarnak de) Flyers. L'anticipation pour ce match était aussi élevée que ma pression qui devait faire dans le 214/124 (pour les nouveaux, la normale maximale est 140/90). À peine ma carte d'hôpital créée, Canadiens tirait déjà de l'arrière 3-1 en deuxième... Belle soirée en perspective quoi.

Ils m'ont gardé pour la nuit. Canadiens éliminés, saison de hockey terminée, prises de sang, cathéter, électrocardiogrammes, test d'urine, pilules, lit d'hôpital, tensiomètre, le gros party quoi ! J'ai passé 4 jours dans le "short stay unit" du MGH où j'ai subi toute sorte de tests: radiographie des poumons, prise de sang, test d'urine, récolte d'urine (ça c'est vraiment dégueulasse, pisser dans le même pot pendant 24h, ça vous libère une odeur...), échographie du coeur, prise de sang, échographie au niveau de l'abdomen (non j'ai pas demandé quel sexe avait le bébé), prise de sang couché le matin, photo des reins en imagerie nucléaire, prise de sang... et prise de sang... sans oublier une scène pseudoérotique (dans ma tête) avec deux jolies étudiantes en médecine et peut-être un gars aussi... je ne sais plus. Bref, peu importe; je suis sorti le vendredi, armé d'une prescription afin de réguler ma pression, me disant naïvement que tout allait se terminer bientôt...

J'avance rapidement recopiant un courriel que j'ai envoyé à ma famille et mes amis le 20 juin dernier (parce que oui, c'est long avoir des résultats de tests!) :

Alors, voici les dernières nouvelles concernant mon enquête médicale... parce que c'est loin d'être terminé !

Plusieurs résultats de tests étaient enfin disponibles lors de ma dernière visite à l'hôpital avec ma néphrologue. On ne connait toujours pas la cause de mon bobo, mais certaines hypothèses peuvent maintenant être écartées. De plus, je crois bon de mentionner que je ne cours aucun risque tant que ma pression est maintenue par les médicaments. Ces chers médicaments d'ailleurs qui me donnent de joyeuses somnolences et m'empêche de produire adéquatement de la salive ! J'en ai encore pour plusieurs mois, car la propriété de ces médicaments est de ne pas agir (en bien ou en mal) sur les reins. Les médicaments habituels qui sont prescrits pour l'hypertension et qui n'ont pas d'effets secondaires font travailler un peu plus les reins ce qui est évidemment proscrit dans mon cas où mes reins fonctionnent inefficacement. Bon. En parlant de mes reins, je vais savoir plus tard cette semaine si leur condition s'est améliorée depuis 1 mois en analysant le niveau de protéines et de créatinine que ceux-ci laissent échapper dans mon urine (et/ou sang?)... je ne sais plus!

La première hypothèse à écarter est un problème cardiaque: mon coeur est super beau, plein d'amour et fonctionne à merveille.
La deuxième hypothèse à écarter est un dysfonctionnement des surrénales. Apparemment, celles-ci semblent bien fonctionner (je dis bien "semble" parce que c'est une enquête minutieuse où les facteurs s'entrecroisent et où les symptômes peuvent être la cause et vice et versa, donc rien n'est absolue)
La troisième hypothèse à écarter est un problème au niveau des artères rénales. Encore une fois, tout semble bien beau de ce côté, encore faudra-t-il que je passe un test de résonance magnétique pour complètement éliminer cette hypothèse (enfin, je crois que c'est pour ça que je dois faire ce test !)

Comme je n'ai ni blessure de guerre, ni blessure d'arme à feu, ni plaque de métal dans le crâne ou d'implant bionique, je vais pouvoir faire un tour de machine magnétique... et retourner dans le futur en 1985.
Une nouvelle piste à cependant été découverte ! Apparemment, mon hypophyse pourrait être en train de disjoncter, car un taux d'ACTH 2x plus élevé que la normale a été découvert dans mon système (soit 20 pmol/L au lieu de plus petit ou égal à 10 pour être exacte).
Cette nouvelle piste me donnera l'occasion de rencontrer une sommité mondialement reconnue dans le département d'endocrinologie. Mon rendez-vous n'est cependant pas encore confirmé.
Finalement, comme on ne peut pas encore écarter l'hypothèse d'une maladie du rein, je devrais aussi subir une biopsie des reins lorsque ceux-ci auront suffisamment travaillé sous une pression artérielle contrôlée... dans quelque mois donc.
Mon prochain rendez-vous est pour le 27 septembre en néphrologie. D'ici là, j'attends mon rendez-vous pour l'IRM et mon rendez-vous en endocrinologie ainsi que les résultats de mes prises de sang et tests d'urine de contrôle.

Je saute maintenant au 26 juillet avec un extrait d'un courriel envoyé à une amie:

Bon. Pour ce qui est de moi et de mon ressenti... Si j'avais écrit ce courriel hier je t'aurais dit: je vais très bien, je suis serein, ce qui m'arrive me motive et me donne l'énergie pour enfin me bouger l'cul... mais là ce matin, j'ai reçu un appel de ma néphrologue pour me dire que mon niveau de créatinine n'a pas baissé... en fait il est plus élevé qu'à mon arrivé à l'hôpital. Elle veut donc me rencontrer jeudi matin pour discuter. Ça donne un coup je dois t'avouer. Quand on entre à l'hôpital et qu'on est suivis par des spécialistes on s'attend à ce que des progrès soient constatés et que le processus de guérison suive tranquillement son court. Là ça me fait crissement chier. J'ai un peu la chienne aussi. Ton médecin t'appelle pour te dire qu'il veut "parler", c'est sûr que tu penses au pire... J'imagine que je suis mûr pour d'autres tests ou de nouvelles interventions. Enfin, je vais tenter de relaxer un peu et d'attendre jeudi avec patience.

Le jeudi est finalement venu. Dr. Gagnon avait plusieurs choses à me dire. Premièrement, elle est très satisfaite des efforts que je fais pour contrôler ma pression. En effet, et j'aurais l'occasion de vous en reparler, cette situation a provoqué quelque chose en moi; je suis hyper discipliné, et ce, sans grande difficulté. Donc, ma pression va très bien. Autre chose, les hormones vont bien; on oublis l'endocrinologue pour l'instant. Parfait. Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... j'appréhende l'atterrissage. "Tu fais un peu d'anémie, mais pas assez pour justifier une injection". Alors ça, ça peut expliquer bien des choses, comme mon manque continuel d'énergie ou ma capacité à m'endormir pendant une fête... quand elle n'est pas commencée...

Encore une fois, je saute les étapes, dont celle où mon docteur me dit qu'elle voudrait un échantillon de mon urine, car celle-ci est télescopique (en gros, ça veut dire que j'ai plein d'affaires dans mon urine qui ne devraient pas être là) et que pour l'enseignement ce serait vraiment enrichissant et qu'en plus elle travaille sur un livre et que finalement je vais peut-être être publié ! Ma pisse, pas moi... Je saute aussi l'étape où elle me dit que je suis loin de la dialyse (ouf! merci!).

Bon. Alors la grande nouvelle, c'est que mes reins ne fonctionnent qu'a 35-40% de leur capacité, qu'il n'y a pas eu d'amélioration depuis les deux derniers mois et que pour en savoir plus sur la nature du bobo, on doit passer à l'étape de la biopsie. Sur le coup, j'ai légèrement grincé des dents. Maintenant, avec quelques jours de recul, j'ai plutôt hâte que ça se passe et que de nouvelles données parviennent à mon doc. À partir de là, peut-être un traitement et assurément une nouvelle médication sans effets secondaires comme les horribles somnolences que j'ai en ce moment... je vous reviens sous peu... d'ici là, ne mangez pas trop salé !