samedi 2 octobre 2010

L’hypertendu et sa biopsie

Elle était grande et malgré tout se déplaçait dans l’espace en flottant, en planant presque. Ses traits étaient peut-être ceux d’une Russe et chacun de ses mouvements était un mélange de la grâce des grands ballets et d’une sensualité assumée. Les gestes les plus simples, que ce soit pour s’assoir sur une chaise à roulettes ou se pencher au-dessus du comptoir pour prendre le téléphone qui sonne, étaient faits d’une manière élégante et séduisante, laissant toujours son uniforme d’infirmière remonter légèrement pour en dévoiler une peau lisse.

Elle vint vers moi afin de m’installer un cathéter intraveineux. Je suis entre bonnes mains me dis-je une fois de plus. Elle rata à deux reprises l’insertion au bras gauche, m’enfonçant l’aiguille avec force et sans doigté. Merde, comment une femme aussi gracieuse peut-elle en arriver à me charcuter comme ça ? Son troisième essai, au bras droit, fut d’autant plus douloureux, mais semblait réussi malgré un saignement inhabituellement abondant autour de l’aiguille-guide. Elle me brancha ensuite à mon sérum qui devait prévenir le saignement lors de l’intervention et s’éloigna, laissant derrière elle plusieurs déchets sur mon lit et un homme perplexe, stupéfait.

Depuis mon arrivée à l’hôpital, le froid et l’humidité s’étaient emparés de moi, me pénétrant jusqu’aux os, me laissant tremblotant dans mon lit, les pieds et les mains complètement congelés; il faisait un temps gris dehors jusque dans mon corps. Je tremblais encore lorsque le transport vint me chercher pour m’acheminer vers la radiologie où aurait lieu la biopsie. Ça y est, j’y suis. La nervosité monte d’un cran tout comme le pouls et je tremble toujours autant.

Le tout débute avec une échographie afin de déterminer l’emplacement exact de mon rein gauche, l’heureux élu de l’intervention. Cette fois-ci je n’ai pas du tout envie de demander si c’est une fille ou un garçon. Pendant ce temps, une infirmière me propose de me brancher à un sérum calmant, rien de puissant, une simple solution pour me détendre. J’accepte, car je suis crispé, glacé. On me place ensuite sur le ventre avec un coussin pour me faire un dos rond, éloignant ainsi mes côtes de l’emplacement des reins.

Le médecin entre finalement et se présente de même qu’un deuxième et une technicienne qui sera chargée de vérifier la validité des prélèvements. On m’anesthésie localement grâce à trois injections dans le haut du dos et sur le flan, l’endroit qui me chatouille le plus; quel étrange mélange de sensations. On me montre la tige qui servira à aller chercher les échantillons : c’est une espèce de paille d’environ un millimètre et demi de diamètre, dix centimètres de long et munis d’une poignée de revolver. On m’explique aussi qu’ils doivent aller chercher trois échantillons et que la technicienne devra vérifier chacun d’eux afin d’en déterminer la qualité; il se pourrait qu’on doive aller en chercher un quatrième. Super. Les deux premières entrées se font à merveille : je ne sens rien, on me tapote le dos afin de guider l’aiguille vers mon rein (les médecins sont guidés par l’échographie en temps réel), on me demande soudainement d’arrêter de respirer et j’entends le « cloc! » du fusil qui se déclenche afin de prendre son échantillon. Laissez-moi vous parler de l’échantillon : c’est en fait une véritable carotte de rein, un morceau de steak d’un bourgogne presque brun d’environ deux centimètres de long et d’un millimètre de diamètre. J’assiste au relais médecin-technicienne de ma carotte de rein à chaque fois. C’est étrange et contrairement à Hannibal, ça ne me met pas en appétit. Au troisième échantillon, l’autre médecin qui jusque-là était resté muet dit : « Can I try? ». Tu me fuckin niaise ?...

Une fois l’opération terminée, l’infirmière retire la solution calmante de mon bras et… le cathéter ne reste pas en place. Stupéfaite, elle réfléchit à voix haute en se disant que l’intraveineuse avait mal été insérée… Maudite Russe, je le savais ! Je tremble encore. Je suis entre bonnes mains.

… à suivre…

5 commentaires:

  1. Philippe, cet ajout à ton blog a tout un impact pour moi. D'une part, la réalité qui est la tienne et que tu partages suscite forcément l'empathie. Comme Fred l'a mentionné, c'est courageux et généreux de partager avec autant de précision ton expérience.

    D'autre part, ta maîtrise de l'écriture augmente avec chaque nouvelle itération. Tu m'avais raconté ces événements de vive voix, mais avec ce post, tu nous fais vivre ton expérience. On a l'impression d'accéder directement à tes perceptions, comme si on était dans la salle d'examen.

    On sent presque l'aiguille... Beaucoup de frissons, mais pour différentes raisons.

    RépondreSupprimer
  2. Much impressive indeed. Je t'imagine d'ailleurs très bien te répondre à toi-même "tu me fuckin niaises?" quand l'autre a demandé "can i try?".

    C'est tout simplement passionnant, ce texte!

    Fabienne Larouche va sûrement t'appeler bientôt...

    RépondreSupprimer
  3. Moi aussi, je veux essayer!!!

    RépondreSupprimer
  4. Anonyme2.10.10

    Pauv'ti Blip-Blip à ma tante Framboise!!!!

    RépondreSupprimer