jeudi 10 février 2011

Fin du premier chapitre.

C’est une espèce de gros beigne beige muni d’un lit étroit. L’infirmière me demande de m’allonger sur le ce lit et une commande électronique le soulève tranquillement jusqu'à la hauteur de l’ouverture de l’appareil impressionnant. Je sens à peine le picotement de l’aiguille qui s’enfonce dans ma peau. Je suis couché sur le dos, les bras allongés au dessus de ma tête lorsqu'elle connecte un tuyau au site d’injection. Je n’ai qu’à suivre les instructions dictées par la machine, me dit-elle. Le bruit de turbine électrique comme dans les films de science-fiction, une espèce de cillement qui prend de l’amplitude au fur et à mesure de l’accélération m’indique que la machine se met en marche; je peux voir des éléments tourner à l’intérieur, mais je ferme les yeux comme si cela allait me protéger. Le lit sur lequel je suis couché fait un premier mouvement d’aller-retour à l’intérieur de la machine. Une première voix se fait entendre: prenez une grande respiration et gardez là. Le lit fait à nouveau sa valse à l’intérieur de cette turbine. Je suis nerveux. Je me sens comme le condamné à mort. Je suis conscient de ce qui s’en viens, j’ai peur des conséquences et j’aurais aimé, je souhaite, que cela ait pu se passer autrement. Je tente de me calmer, de simplement lâcher prise. Je ne suis pas condamné à mort. L’infirmière prend le micro et de la pièce voisine, me parle: vous allez sentir l’injection et une chaleur dans tout le corps et c’est normal. La machine s'accélère; prenez une grande respiration et gardez là. J’entends le son du liquide qui est poussé dans mon bras comme lorsqu’on presse une bouteille et qu’il y a de petites bulles, mais je ne peux pas voir exactement ce qui se passe, puis une chaleur se repend dans tout mon corps, comme si j’avais uriné dans mon pantalon. Je trouve cela presque drôle, mais je sais qu’à cet instant c’est un poison qui circule dans mes veines, qu’une substance dont la présence n’est pas désirée envahit mon organisme. La sensation est un peu comme quand on se battre à l’école: on voudrait se sauver. Étrangement, mon premier réflexe est de me concentrer sur la sensation dans mon dos où se trouvent mes reins. Je me demande si mes organes souffrent en mourant. Oui je sais, c’est un peu étrange. Je crois ressentir quelque chose, comme une légère crampe, mais je ne sais pas si c’est une coïncidence ou si je prends tout cela bien trop au sérieux. C’est la première fois qu’on me fait du mal pour me faire du bien...

Ce matin les choses vont mieux. Je ne sens pas de différences avec la veille. Je ne suis ni épuisé et je ne ressens pas de douleur. Était-ce si grave que ça ? Mes reins ont-ils simplement encaissé le coup ? Ce qui est certain c’est qu’une nouvelle étape est franchie. Ce matin à la radio, Paul Arcand interviewait des membres de deux couples qui donnent un rein chacun au conjoint de l’autre. Une femme qui après huit ans de dialyse et d’attente sur la liste se rend compte qu’un collègue est compatible avec elle et que la femme de celui-ci est aussi en attente d’un rein et que l’échange avec son mari est possible. C’est une belle histoire, enfin... Huit ans... Merde.

1 commentaire:

  1. Wow!! Spécial cet échange de reins de conjoints! On ne sait jamais, peut-être que quelque chose de semblable va t'arriver. Je te souhaite que ça se fasse plus rapidement par contre.

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